Photo Jours d'Auvergne - J. Mallouet - M. Delaguilhaume

Serres, Octobre 2001

 

Cher ami gourmet,

 

« Vous savez certainement que le patois est toujours parlé par chez nous. On l’oublie de plus en plus, tout va tellement vite. Et puis, je vous laisse imaginer l’un des personnages de nos campagnes qui viendrait à parler patois sur internet ! Ces mots-là, un clavier, une souris, ne peuvent cohabiter. Non, vraiment non!

Á cette époque où le patois restait la langue reine, tout le monde ne mangeait pas bien, ni à sa faim. Les exploitations n’avaient pas toutes la même taille, il est vrai. Les tours de main n’étaient pas identiques, tout dépendait des maisons, selon la formule consacrée. Notez cher ami gourmet, que pour les tours de main, toutes échelles confondues, cela est toujours d’actualité … Une chose est sûre : on ne pouvait imaginer dans nos campagnes recevoir un collègue, un ami, sans que la soupe ne soit partagée, et ceux dont je vais vous parler avaient autant de malice l’un que l’autre…

Le premier trouve un jour le prétexte pour aller rendre visite à son voisin du village d’en dessous : il avait certainement besoin urgent d’un manche, je veux dire d’une pioche ou quelques chose du genre. Le service rendu, le second ne put faire autrement que l’inviter à passer prendre un « canon » comme on le dit encore, je veux dire un verre. Puisque la conversation durait, la nuit ne se fit pas attendre, le pain, la saucisse sèche, le fromage, furent un peu plus long mais arrivèrent quand même sur la table à la plus grande satisfaction de notre convive. 

Celui-ci comprit vite qu’il avait quelque intérêt à faire durer le plaisir : un peu de pain pour finir la saucisse, un peu de saucisse pour finir le pain, un peu de pain pour finir la saucisse, un peu de saucisse pour finir le pain … Le manège s’installait. Notre hôte n’était pas totalement dupe mais trop généreux pour interrompre le jeu. Lorsqu’il regarda l’horloge, il pensa que cela commencer à durer, et ne put s’empecher de lui dire :

« Diedze, m’aille ribara pas à y faillere councourda » (Mais dis, tu n’arriveras pas à tout faire coïncider ?)

Quant à moi, cher ami gourmet, je vous invite à faire coïncider votre commande avec quelques saucisses, c’est avantageux ce mois-ci.

Á bientôt.»

 

(Photo extraite de  Jours d’Auvergne – J. Mallouet – M. Delaguilhaume )

Lettre authentique écrite par Jean-Luc Combe, en Octobre 2001

Vous avez envie de goûter nos produits ?

Demandez notre catalogue ou contactez-nous par mail ou par téléphone au 04 71 50 42 14 pour passer commande.